Affiche de la journée de la Femme – 8 mars 2021

Je devais aller à la cour contre mon ex conjoint pour statuer de la garde de nos deux enfants pis dans le fond c’est sûr qu’en arrivant, à cause de mon handicap physique, les têtes se sont tournées vers moi puis à la base les gens ont pas nécessairement jugé, mais c’est sur qu’il y avait des questionnements pis, pour moi je suis partie en désavantage parce que du côté de mon ex conjoint, lui avait vendu à mes parents que mon handicap n’était pas dérangeant et qu’il allait m’aider dans la vie et qu’il allait me propulser vers le haut, mais rendu à la cour il a fait l’inverse, il s’est servi de mon handicap pour me diminuer et pour semer le doute dans la tête de la juge et de la DPJ sur mes capacités d’être une bonne mère. Fait que forcément il partait avec une longueur d’avance et encore aujourd’hui je travaille excessivement fort pour le retard que j’ai par rapport à lui, parce que la DPJ est partie sur une mauvaise perspective de mes capacités à cause de mon handicap qui est seulement physique.

Quand je suis arrivée au poste de police, je suis arrivée la toute petite, pas grosse dans mes souliers, je voulais aller dénoncer, j’ai essayé, j’avais des preuves concrètes et je me suis fait dire par les policiers « si tu avais eu des menaces de mort tu t’en rappellerais, c’est pas assez évident ». J’ai eu l’impression de me faire baver par ces deux policiers je me sentais comme de la merde je me sentais pas soutenue dans ma démarche et je pense que j’aurais eu besoin que quelqu’un me dise ok on t’a entendu on te croit, mais non ça été complètement l’inverse, ils m’ont balayé de la main parce que j’ai un handicap physique et cette condition là m’a enlevé de la crédibilité dans ma dénonciation devant les policiers.
Dans mon cadre de ma guérison, après avoir vécu de la violence conjugale, j’avais besoin de sortir du cadre des psychologues, intervenantes, j’avais besoin de trouver une autre manière de comprendre mon mal et j’ai jamais voulu prendre de médicaments, je veux pas geler ce que je ressens, j’ai besoin de les comprendre. Dans mon processus, j’ai fait de la méditation et ça m’a beaucoup aidé et ça m’a permis de me recentrer sur ma quête de justice et de vérité et il y a quelques années, j’ai commencé à faire du safefloor, c’est un mélange de myopathie et de méditation, ça touche le physique mais ça permet de faire sortir les émotions aussi sans jugement. Depuis, je fais moins de cauchemars sur les traumatismes que j’ai eu, c’est mon antidépresseur. Quand tu as vécu dans une relation toxique et violente, la dernière chose que tu as besoin, c’est de te faire brusquer dans tes émotions pis le safefloor me permet de vivre mes émotions en douceur et ma condition physique s’est beaucoup amélioré.

Quand j’étais en secondaire 3, il y avait un garçon dans ma classe qui trouvait que j’étais différente, que je boitais beaucoup et que je regardais pas les gens dans les yeux quand je leur parlais pis lui il a décidé de me montrer que j’étais pas correcte en me faisant des jambettes dans les corridors, en riant de moi dans les cours et en me crachant dans le dos dans les escaliers. C’est vraiment blessant, c’est démoralisant et c’est destructeur aussi. Ça fait plusieurs années que ça s’est passé, mais l’intimidation que j’ai vécu par rapport à mon handicap, je l’ai jamais oublié et ça reste encore blessant.

Mon conjoint a toujours refusé qu’on aille un lève-personne à la maison pour me permettre de sortir de mon lit ou d’aller dans le bain, c’était tout le temps lui qui s’en occupait. Un moment donné, il a commencé à me demander des faveurs sexuelles en échange qu’il me sorte du lit pis qu’il me mette dans ma chaise. Il disait qu’il faisait toute pour moi, je devais faire des choses pour lui. Ça a pris 3 ans avant que quelqu’un me croit, tsé vu que je suis dans une chaise, personne pense que je peux avoir une vie sexuelle, encore moins que quelqu’un peut m’agresser.  

Ma pire peur, c’est d’aller chez le médecin. Je fais toute pour pas y aller, parce que quand j’y vais, je me fais taponner un peu partout, mais personne m’explique rien, personne me parle et quand je demande, je me fais dire que c’est des test de routine et les résultats sont expliqués à ma sœur après les examens. Elle est pas mon aidante naturelle, est juste ma sœur! Le monde voit une canne blanche et pense qu’on est pas des humains, qu’on ressent rien.

La session dernière, avec la pandémie et tout j’ai eu aucune aide de l’école pour m’aider à suivre mes cours, j’ai dû envoyer une trentaine de courriels pour demander des ressources et j’ai eu zéro réponse. Tout ce qui est prise de notes, suivi avec l’intervenant, avoir accès aux enregistrements des cours, avoir accès à l’information facilement, j’ai pas eu ça. Pis pas avoir de prises de notes quand c’est par internet et à distance, c’est quasiment impossible là, j’ai une surdité moi je perds la moitié du cours à chaque fois! Quand il y a des discussions en groupe, c’est pas évident quand les micros fonctionnent pas, les gens mettent pas leurs images, je peux pas lire sur les lèvres et même à ça les réseaux sont pas toujours bons. Ça rend ça vraiment plus difficiles suivre les cours, je m’étais déjà adaptée à l’université, avec la pandémie ça toute rechangé.

Il est arrivé une situation au travail, il y a eu quelqu’un qui a eu un accident et c’est moi qui est intervenue et qui s’est occupée de le soigner, mais après cet accident-là, la personne a vécu un choc posttraumatiques et il voulait pu revenir sur les lieux de mon emploi et dans le fond ils ont mis l’accident sur ma faute, parce que vu que j’ai une surdité, ben je l’aurais pas entendu quand l’accident est arrivé pis c’est à cause de ça que la personne serait traumatisée, mais tsé, j’ai toute vu ce qui s’est passé, j’ai bien réagi, ça s’est quand même bien passé, mais je peux pas gérer comment la personne se sent ou réagi après l’accident. Mon boss m’a enlevé des tâches et responsabilités après ça parce qu’il me croit pas capable de gérer des situations comme ça à cause de ma surdité, mais je suis une des personnes les mieux formées pour faire ma job et je sais que je peux vraiment bien la faire aussi. Ça été rough.